Algues vertes : la Bretagne se met au vert!

Des algues vertes échouées par milliers voilà comment le printemps prématuré a fait s’éloigner les vacanciers ! En effet la douceur printanière à largement contribué à un échouage précoce d’algues vertes en Bretagne. Déjà début mai la préfecture tirait le signal d’alarme et annonçait l’arrivée imminente « d’importants échouages ». Fort ensoleillement, mer peu agitée et voilà 3 300 Tonnes d’ulva armoricana ramassées en ce début d’année.

Une région submergée par les marées vertes

A l’origine les Côtes d’Armor était la principale victime des algues vertes mais aujourd’hui le Finistère est de plus en plus touché. Le bureau breton de Surfrider est le témoin quotidien des échouages massifs d’algues à Brest, en baie de Douarnenez et plus récemment en presqu’île de Crozon.

Certaines plages alors épargnées se recouvrent d’un épais manteau vert, comme la plage de Postollonec à Crozon récemment interdite d’accès par arrêté municipal. Depuis les années 1970 le phénomène ne cesse de s’amplifier et malgré les efforts menés par les associations, une part importante des agriculteurs et les communes littorales, rien n’y fait. Mais que faire face à cette prolifération grandissante lorsque les moyens manquent ?

Des communes asphyxiées

Les communes sont les victimes de ce phénomène et quelques articles récents dans la presse locale témoignent de la détresse des maires désabusés face à cette invasion.

Récemment le maire de Kerlaz (baie de Douarnenez, Finistère) a lancé un cri d’alarme dans la presse. Manque de moyens pour ramasser et traiter les algues, inquiétude pour l’économie du tourisme en local,  dégradation mécanique des plages… la commune est à bout de souffle. Les algues vertes sont considérées comme des déchets par l’administration et donc le cout du ramassage incombe aux communes. Mais voilà, le crédit alloué au ramassage des algues est épuisé. Algues arrivées en trop grand nombre et très tôt dans la saison, que faire ?

Le maire de Telgruc (Presqu’île de Crozon, Finistère) a malencontreusement répondu à cette question. Mauvaise réponse pour ce maire qui prit à la gorge par le cout du traitement et du ramassage des ulves à « bricoler » sur un terrain communal, sa propre plateforme de stockage des algues. Un fossé creusé à même la terre à l’abri d’une petite forêt surplombant la plage et 200m3 d’algues en décomposition. Scandale, menace sanitaire pour certains, cette « solution » en dépit du bon sens témoigne juste d’une mauvaise gestion globale des marées vertes. Les moyens manquent, les plateformes de stockage saturent et le phénomène s’intensifie.

Et l’Etat dans tout ça ?

En février 2010, un plan de lutte contre les algues vertes a été défini par l’Etat. Ce plan a deux objectifs :

  • assurer la gestion des algues échouées (ramassage et évacuation vers des plateformes de compostage en renforçant les conditions de sécurité sanitaire des personnes et la salubrité du littoral,
  • engager des actions pour réduire les flux de nitrates responsables de ces phénomènes, en mettant notamment en œuvre un socle commun de mesures à destination des exploitants agricoles pour mieux appliquer la réglementation sur les nitrates existante.

134 millions d’euros pour 5 années de travail, voilà la « solution » proposée par l’Etat. Mr Le Maire et Mme Jouanno nous annoncent 10 à 15 années pour régler le problème de la prolifération des algues. Et Mr Le maire de préciser que si le plan ne fonctionne pas il faudra passer à un dispositif obligatoire et réglementaire. Ne serait-ce pas trop tard ?!

Les solutions du plan de lutte reposent essentiellement sur la création de plateformes de compostage et le soutien à la méthanisation. Ce procédé est une technologie basée sur la dégradation par des micro-organismes de la matière organique. Cette technique aboutit à la production d’un produit appelé digestat. Transformé en énergie renouvelable il peut être utilisé sous différentes formes : combustion pour la production d’électricité et de chaleur, production d’un carburant

Les mondes associatif et scientifique n’y voient pas la solution miracle tant attendue et s’interrogent… Le maire de Telgruc le dit «  l’Etat nous laisse tomber… ».

Le problème des algues vertes doit être traité en amont. Sans souhaiter entrer dans le vif débat sur la responsabilité de l’agriculture, il est avéré que les techniques agricoles d’aujourd’hui doivent être améliorées. L’Etat doit prendre ces responsabilités et la réglementation doit inciter à la réduction de la pollution des eaux par les nitrates. La Bretagne, terre nourricière de la France, est menacée et  nous nous inquiétons du peu de réactivité du Gouvernement. L’enjeu politique et environnemental est fort et tant que le littoral breton sera submergé par les marées vertes, Surfrider restera en alerte.

 

Procès du navire TIAN DU FENG – Jugement du dégazage

Le 23 juin 2011, Brest : procès du « TIAN DU FENG », navire sous pavillon Hongkongais poursuivi pour rejet illicite d’hydrocarbures dans les eaux françaises. Surfrider Foundation Europe, dans le cadre de sa campagne Stop Oil Spill contre les pollueurs des mers, visait une sanction sévère pour ce flagrant délit. Somme réclamée par le Ministère public : 800 000€, date de la délibération : 20 septembre.

Une décision à la mesure du dégât causé.

Le 23 juin 2011, le navire transportant du charbon en provenance d’Australie encourt une condamnation importante sur la base du flagrant délit, à l’encontre de son capitaine. Le cas du Tian Du Feng est le premier jugé depuis la suspension de toute procédure judiciaire pour dégazage, en lien avec une question de constitutionnalité sur un procès du même ordre (navire Eurika). Ce sursis constitutionnel est levé et ne constitue plus un obstacle à la répression des pollueurs.

C’est le 16 novembre 2010 que les autorités françaises de surveillance maritime repérèrent ce vraquier battant pavillon Hongkongais avec une nappe d’hydrocarbures de 12 km de long dans son sillage, près des côtes françaises.

Des arguments de poids.

A l’audience, était bien présent le capitaine, tout juste arrivé de Hong Kong. Bien que le procureur ait demandé un report du fait de l’absence de l’expert cité par le Ministère public, les juges ont finalement décidé de mener le procès.

L’existence du rejet n’a pas été contestée mais c’est bien la nature du produit rejeté qui a fait longuement débat durant les 5 heures du procès. La défense du Tian Du Feng a avancé qu’il s’agissait de charbon. Il avait soi-disant été impossible de vider les puisards contenant l’eau charbonneuse plus tôt, en raison des conditions météorologiques et du danger de la manipulation. En effet, « l’équipage a privilégié un rejet au large des côtes françaises plutôt qu’australiennes, pour préserver la grande barrière de corail… » Tels sont les propos du capitaine rapportés par la Coordinatrice Surfrider pour  la région Bretagne Marie-Amélie Néollier, présente à l’audience. Quel sens de la préservation de l’environnement ! La défense a fait également valoir la propreté du bateau, la faible quantité d’hydrocarbures dans les prélèvements faits dans la salle des machines, l’absence d’un tuyau d’évacuation signature du méfait, la bonne volonté du capitaine venu en France pour son procès, l’absence des experts de l’accusation.

Cependant, face à ces arguments, les photos de la douane et le témoignage du douanier attestent que le rejet n’est pas du charbon mais bien des hydrocarbures, sur la base incontestable des couleurs déterminées par les accords de Bonn (code 1, 2, 3 et un peu de 4). La taille des deux nappes et leurs formes, les « irisations » visibles sur les photos sont sans aucun doute attribuables à des hydrocarbures. Les contradictions entre les témoignages du chef mécanicien et du capitaine, ainsi que la reprise du rejet lors de l’éloignement de l’avion des douanes, confortent Surfrider dans la conviction que nous agissons à bon droit pour protéger l’environnement.

Tolérance zéro pour les pollueurs.

A l’entrée du tribunal, des bénévoles du réseau Surfrider se sont mobilisés pour appuyer les revendications soutenues par l’association.

Depuis trois ans, Surfrider lutte contre les « dégazages » pour faire respecter le principe de pollueur-payeur et imposer des peines exemplaires de plusieurs millions[1]. Surfrider exhorte le tribunal de Brest à faire preuve d’une exemplaire sévérité, condition sine qua non pour éviter les récidives.

L’absence de l’expert lors du procès est regrettable car elle aurait sans aucun doute permis de renverser la perplexité du juge. Le verdict sera rendu le 20 septembre. S’il n’est pas dissuasif, Surfrider est prête à aller en appel pour obtenir un jugement éclairé. Entre-temps, nous poursuivrons sans relâche les actions juridiques contre toute autre pollution détectée.

Rendez-vous donc en Septembre à Brest, puis à Marseille les 7 et 14 décembre 2011 pour les procès respectifs du FLORENCIA et du BUKET…


[1] Comme le prévoit la Loi n°2008-757 du 1er aout 2008,  JORF n°0179 du 2 août 2008, p. 12361.